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L'espèce est menacée : Le cri d’alarme du chardonneret
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L'espèce est menacée : Le cri d’alarme du chardonneretIl ne s’élèvera jamais assez haut notre chardonneret pour échapper à la main vandale de l’homme. Prisé déjà sous la dynastie omeyyade en Syrie, le chardonneret a conquis les cœurs quand les hommes conquéraient les Etats. Les croisades ont permis au chardonneret d’accroître sa malheureuse renommée de chanteur hors pair instruite par le biais d’élevage toujours plus important. Aujourd’hui, nous sommes bien loin des croisades mais l’engouement attaché à l’espèce n’a fait que s’accentuer, mettant en péril sa survie en Algérie.

 

La danse du chardonneret

Le chardonneret est un oiseau de petite taille, entre 20 et 25 cm d’envergure, aux couleurs chatoyantes. L’adulte est paré de rouge écarlate, entouré de blanc et de noir, le dos et les flancs sont bruns et la queue est noire avec des taches blanches et le croupion est blanc. Quant aux ailes sont noires traversées par une grande bande d’un jaune vif. Le dimorphisme sexuel est peu marqué et seul le plumage rouge de la face qui passe derrière les yeux permet de distinguer le mâle de la femelle.

Hormis sa parure qui aguiche, le chardonneret a la particularité d’avoir un caractère bien trempé : il est sociable et à la fois très farouche, surtout à la saison des nids. En effet, à la période nuptiale, les mâles n’hésitent pas à se disputer ou à s’en prendre à l’élue de leur cœur. Et si leurs cris gutturaux laissent coi quant à leurs intentions, il suffit de les voir bomber du torse et étirer une aile ou la queue pour comprendre qu’il s’agit là de leur technique de séduction. La femelle, « très à l’écoute », se dandine à gauche et à droite en attendant que monsieur lui fasse la becter… pour un apport de nourriture. Les préliminaires terminés, leurs danses finiront par la ponte de 4 à 6 œufs qui mesureront environ 20 x 14 mm.

Tout cela deux à trois fois par an. Un réseau installé, depuis peu en Algérie, permet de répondre à une forte demande française et belge de chardonneret. Et pour cause, le chardonneret a de grandes facultés à assimiler tous les répertoires de ramage, et leur virilité dans la fécondation des canaris de race est particulièrement appréciée.

A tel point qu’aujourd’hui, il est classé parmi les espèces en danger. Un danger qui se mesure déjà en Europe puisque leur population a considérablement diminué, pour avoisiner les 23 à 57 millions d’individus. D’abord, l’usage extensif de pesticides à appauvri les ressources alimentaires du chardonneret qui trouve donc de moins en moins de graines. Et puis, s’agissant d’un ornement apprécié depuis le début du XXe siècle, le chardonneret a été capturé à grande échelle.

En Algérie, il est possible d’ajouter à la liste des menaces, son braconnage excessif pour des raisons mercantiles. Un commerce mené par des éleveurs, mais surtout par des chasseurs peu scrupuleux qui piègent les oiseaux à la glu ou les attrapent avec des filets. Le chardonneret blanc coûte 10 000 euros. Le chardonneret classique peut coûter entre 500 et 50 000 DA.

Le chardonneret a pratiquement disparu de la région est du pays qui est pourtant sa région privilégiée. Pratiquement inexistant d’Est en Ouest, c’est au Maroc que la filière a poussé les frontières et capture donc le chardonneret pour le revendre sur les étals du marché de Boumaâti à El Harrach. A la barbe des autorités qui ont pourtant interdit la détention, le transport et la vente du chardonneret. Une loi non appliquée qui n’aura même pas dissuadé les chasseurs de limiter leurs activités mercantiles.

Chante, chardonneret, chante…

Militons pour le CD, le DVD, la cassette, le format MP3 ou le vinyle s’il le faut. Des moyens peu coûteux, écologiques et économiques pour écouter… le chant merveilleux du chardonneret. L’espèce volatile, qui devait son nom au fait qu’elle aimait à se percher sur les chardons, pourra bientôt retourner casaque et s’appeler « cagolet » ou « perchoret », pour désigner son nouveau gîte, version 2008. Il est bien l’argument, selon lequel le chardonneret est apprécié, capturé, chassé, et « industrialisé » pour ses énormes capacités de ramage.

Des capacités que l’animal offre pour l’oreille attentive au début et habituée, par la suite, à une seule et unique personne. L’ère des promenades en forêt permettant l’écoute des ces oiseaux enchanteurs n’est plus de mise et a laissé place à la promenade dans l’appartement sans perdre de l’aura que peut provoquer le magicien de ces cieux, puisqu’une jolie cage dorée remplacera la plus haute des ses branches, ou jadis il allait chanter. Militons donc également pour un retour aux origines, un retour à la forêt. Reconnaître le chant du pinson de celui du chardonneret, accueillir ce chant comme une bénédiction et repartir empli de l’émotion que le chardonneret a témoignée à sa muse.

Et s’il l’on veut immortaliser l’événement : le caméscope qui est un outil confortable et écolo. Les temps modernes qui auront permis que l’exploitation par l’homme de l’animal atteigne son paroxysme ne doivent pas donner l’illusion que les choses sont duplicables à souhait. C’est l’ère du tout jetable, du tout zapping et du je ne sais quoi. On en arrive dans la rubrique environnement à parler comme des centenaires en disant « en mon temps, en ce temps-là ». Ben oui, en ce temps-là les chardonnerets pouvaient choisir leur auditoire et offrir leur musique comme un don. Pour ma génération, il faut presque l’imaginer.

Zineb A. Maiche

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