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Chérifa, l’oiseau fatigué
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Il devient fréquent, pour ne pas dire à la mode, que x association ou y institution se rappelle de telle ou tel  artiste et, tambour battant, marque alors une halte pour l’honorer et dire combien la culture algérienne lui est redevable.

 

Ceci est, bien entendu, une bonne chose surtout lorsque cette souvenance n’est pas posthume, n’est pas motivée par une considération politique du genre ‘’âouhda thalitha’’ et survient comme une cerise sur le gâteau.

Ce qui, hélas, n’est pas souvent le cas.  Il n’échappe à personne que bien avant la cerise, l’artiste, tout comme n’importe qui d’ailleurs, a tout simplement besoin du minimum qui fait que la vie devienne un tant soit peu  supportable.

Il y a près d’une semaine, Chérifa a été l’hôte de la wilaya de B.B.A. Elle était l’invitée d’honneur d’une manifestation rendant hommage à feu Mammeri. L’artiste a été sans doute touchée par tant d’égards et de gratitudes. Mais cela ne l’empêchera pas d’avouer à Nabil Mehieddine, un jeune cinéaste ceci : " Je n’ai même pas où accrocher les tableaux que l’on m’offre ". A qui sait entendre, il s’agit là d’un appel de détresse.  Chérif, cet autre artiste qui est sur les traces de Chérifa, nous expliquera au téléphone et sans quémander quoi que ce soit combien l’interprète de Bqa 3la xir ay Aqbu (Adieu Akbou!) est dans le besoin.  

Ghileh lxir ar zdat (je pensais que le bonheur est devant), chantait, il y a quand même quelques années, Chérifa dans Ruh ay azerzur(vas-y moineau) !. Elle n’avait pas tort la diva n yidurar : son avenir est, pour ainsi dire, dans le passé.

La pionnière, le symbole, celle qui, la première, a démoli l’ordre établi en osant Win hesbegh am le3emer-iw, llix-as-d ul-iw, ghilegh lxir ar zdat (celui que je pensais être ma vie, je lui ai ouvert mon cœur, pensant que le bonheur est devant)  … est aujourd’hui âgée de 79 ans.  Son destin exceptionnel, son parcours anticonformiste depuis le village Djaâfra où elle est née en 1929 (B.B.A) jusqu’à son avant-dernière demeure à Bir khadem méritent, et c’est le moins que l’on puisse dire, mieux qu’une halte servant à meubler le décor.

Ce destin et ce parcours méritent respect  et considération.  Barzotti, un autre artiste d’une autre génération et d’une autre culture chantait : Je voudrais qu’on me mette en cage : je suis un oiseau fatigué… Chérifa est un peu comme cet oiseau fatigué. Qu’on lui permette de finir ses jours dans la dignité.  C’est ce que compte faire, à son modeste niveau, le directeur de la culture de Bouira en invitant l’artiste à se produire ce 8 mars à Raffour. Mais cela reste insuffisant.  Seulement ce moment ne permettra  à l’artiste que de souffler un instant . Et après ?

T. Ould Amar

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